Troisième principe (1)
L'interdiction du lashone har'a ; Troisième principe
Troisième principe : Remarques préliminaires
On expliquera dans cette partie qu'en ce qui concerne l'interdiction, il n'existe aucune différence entre [le lashone har'a] dit « en sa présence » ou « en son absence » ; que l'interdit s'applique même en manière de plaisanterie, et même lorsqu'il parle sans identifier la personne dont il parle, ainsi que d'autres détails.
Elle comprend huit sections.
Troisième principe : Première section
Quelle grave interdiction que celle du lashone har'a, que la Torah a défendu même lorsque les paroles sont véridiques, selon toutes les modalités ! Car même s'il prend soin de ne parler qu'en privé, et insiste pour que la chose ne soit pas répétée [à la personne concernée] cela reste interdit, et [il attire sur lui la malédiction : « אָרוּר, מַכֵּה רֵעֵהוּ בַּסָּתֶר - Maudit celui qui frappe son prochain en secret. » (1)] Mais même s'il sait qu'il parlerait de la même façon en sa présence, ou s'il prononce effectivement des paroles médisantes face à la personne concernée, c'est absolument interdit au titre de lashone har'a.
Sous un aspect, le issour est plus grave en sa présence qu'en son absence, parce qu'en face de la personne, outre l'interdit du lashone har'a, il cède aussi à l'effronterie et à l'insolence (2), alimentant ainsi encore davantage la querelle. Très souvent, [une telle attitude] conduit aussi à « faire pâlir son prochain (de honte) » comme on l'a longuement expliqué au sujet du commandement négatif : « לֹא-תִשְׂנָא אֶת-אָחִיךָ, בִּלְבָבֶךָ; הוֹכֵחַ תּוֹכִיחַ אֶת-עֲמִיתֶךָ, וְלֹא-תִשָּׂא עָלָיו חֵטְא - Ne hais point ton frère en ton cœur: reprends ton prochain, et tu ne porteras pas de péché sur lui » (3)
Troisième principe : Deuxième section
Quant au héter que nous avons pu trouver parfois dans les paroles de Ḥazal [qui « permet » de parler de cette façon], il ne s'applique [tout d'abord] que dans le cas où il parlerait ainsi devant la personne, ce qu'on appelle « avaq lashone har'a » (poussière de médisance), et à la condition que ses paroles puissent être interprétées de deux manières, de sorte que si on les expliquait d'après l'une de ces interprétations, elles n'auraient rien de malveillant. On sait que cela dépend de l'intention de la personne qui parle, et des paroles qui sont prononcées sur le moment. Parce que s'il le souhaite, il peut s'exprimer par la voix et les gestes, sur un ton très bas, en sorte que rien de malveillant à l'encontre de son prochain ne puisse être identifié dans ses paroles. Et [inversement], il lui est également possible de faire comprendre à son interlocuteur que son intention est en vérité péjorative.
Il est très difficile de déterminer exactement où se trouve [la ligne à ne pas dépasser].
C'est pourquoi Ḥazal ont dit que si les gestes et le comportement qui accompagnent ses paroles donnent clairement à penser qu'il pourrait parler ainsi devant la personne concernée, il est clair qu'il ne cherche pas à le dénigrer. Mais si au contraire ses gestes ou ses mimiques montrent que son intention est malveillante (et dans ce cas, une personne n'oserait pas en général s'exprimer ainsi devant son prochain), même s'il croit sincèrement qu'il parlerait tout de même ainsi devant la personne, et bien que tout cela, même perçu comme dénigrant, ne constitue que de la « poussière » de lashone har'a, c'est tout de même interdit.
Troisième principe : Troisième section
Voyez la gravité du issour du lashone har'a ! Même s'il ne parle pas par haine, et qu'il n'a pas l'intention de dénigrer [son prochain] par ses paroles, mais qu'il veut seulement plaisanter, et parle de manière insouciante, puisque ses paroles sont dépréciatives, elles sont interdites par la Torah.
Troisième principe : Quatrième section
L'interdiction du lashone har'a s'applique même s'il n'identifie pas nommément la personne dont il parle, et s'exprime seulement en termes généraux, mais si de ses paroles on peut reconnaître facilement de qui il s'agit, cela s'appelle lashone har'a. Plus encore, même s'il n'y avait rien de péjoratif dans ses paroles elles-mêmes, mais qu'elles pourraient nuire ou risquer de salir son prochain, ce qu'il souhaite indirectement, cela aussi s'appelle lashone har'a, et plus spécifiquement ce que Ḥazal appellent : « lashone har'a en privé ».
Troisième principe : Cinquième section
Il existe nombre d'autres manières, pour les « hommes de lashone har'a » (4), de parler de façon trompeuse, « innocemment » de leur prochain, comme s'ils ignoraient que leurs paroles s'appellent lashone har'a, ou que les actes [qu'ils décrivent] sont le fait d'untel. Tout cela entre dans la catégorie du lashone har'a.
Troisième principe : Sixième section
Sache que même si cet homme [la victime de ces paroles négatives] n'a subi aucun dommage du fait de ce lashone har'a, comme par exemple lorsque ces paroles n'ont pas été acceptées par les auditeurs, cela s'appelle toujours lashone har'a et demande une expiation.
Plus encore, même s'il estime dès le début qu'il ne causera aucun tort à son prochain du fait de ses paroles, il lui est tout de même interdit de parler de lui de manière négative.

Ci-dessus une image du ghetto de Cracovie photographié par Roman Vishniac vers 1935
___________________________
1 Devarim - Deutéronome 27,24.
2 Littéralement « il se revêt de la mida d'effronterie et d'insolence - בְּמִדַּת הָעַזּוּת וְהַחֻצְפָּה »
3 Wayiqra - Lévitique 19,17 que Rashi commente en citant Arakhin 16b : « Tu ne le feras pas pâlir de honte en public. »
4 L'expression utilisée par le Ḥafets Ḥayim pour la première fois ici est : « בְּבַעֲלֵי לָשׁוֹן הָרָע », littéralement « les maîtres du lashone har'a. Elle désigne celui qui est la « cible » principale de Rabbi Israël, c'est-à-dire celui qui a fait de la médisance une habitude. C'est une expression courante en hébreu, et difficile à traduire. On parle ainsi du « ba'al téshouva » pour parler de celui qui s'est rapproché de la Torah et des mitsvot après en avoir été éloigné. Mais on parlera aussi des « ba'aléi hamoussar » pour désigner les Maîtres du moussar, de l'éthique juive, ou encore des « ba'aléi batim » pour parler des pères de famille (accessoirement, ba'al, qui signifie aussi patron, a donné le mot « boss » qui est passé du langage populaire yiddish à la langue anglaise...)
