Commandements négatifs (fin)
TREIZE Un autre commandement négatif est également transgressé fréquemment. Très souvent, le prochain est dénigré pour ses anciennes actions, pour un trait de famille, pour la pauvreté de son savoir, ou la médiocrité de son travail, chacun selon sa situation. Ces paroles lui reviennent et le mettent en colère, ou causent son désarroi et le laissent sans défense. Même si elles n'ont été dites qu'entre eux deux [personne d'autre n'étant présent], celui qui a parlé de cette manière transgresse le verset : « וְלֹא תוֹנוּ אִישׁ אֶת-עֲמִיתוֹ - Et vous ne léserez pas, un homme son semblable » qui fait référence au dommage causé à autrui par la parole (1). Et combien plus grave, si ces paroles sont dites en présence de tiers ! Il apparaît par conséquent que si une personne offense son prochain par rékhilout ou par lashone har'a, outre la transgression de l'interdit du lashone har'a et de la rékhilout, il enfreint également ce commandement négatif [de ne pas blesser son prochain par la parole].
QUATORZE S'il dénigre son prochain avec de telles paroles, devant lui [seul] ou devant d'autres, au point que [de honte,] son visage en vient à changer de couleur, il transgresse aussi le verset : « הוֹכֵחַ תּוֹכִיחַ אֶת-עֲמִיתֶךָ], וְלֹא-תִשָּׂא עָלָיו חֵטְא] - [Réprimander, tu réprimanderas ton semblable] et tu ne porteras pas de péché sur lui. » (2) La Torah nous enjoint ici de ne pas faire honte à son frère juif, même dans le but de le réprimander, et même sans témoins. Cela signifie : ne pas lui parler d'une manière si brutale qu'il en ressent de la honte. Il doit d'autant moins parler ainsi s'il n'a pas l'intention de le réprimander, ou si c'est en présence de tiers. Et tout cela, si ça n'a pas eu lieu en public, mais s'il a fait pâlir son visage en public [sous l'effet de la honte], Ḥazal l'ont retranché du Monde à venir lorsqu'ils ont enseigné : « Celui qui fait pâlir le visage de son prochain en public n'a pas de part au Monde futur ! » (3)
QUINZE Si la victime [de ces paroles désobligeantes] est un orphelin, ou une veuve, même s'ils sont fortunés, et il les a dénigrés en paroles, il transgresse aussi le verset : « כָּל-אַלְמָנָה וְיָתוֹם, לֹא תְעַנּוּן - Toute veuve et orphelin vous n'affligerez pas (4). » La Torah nous exhorte ici à ne pas les railler ou attrister leur cœur par toute manière de chagrin. La sanction est explicite dans la Torah : « וְחָרָה אַפִּי,וְהָרַגְתִּי אֶתְכֶם בֶּחָרֶב; וְהָיוּ נְשֵׁיכֶם אַלְמָנוֹת, וּבְנֵיכֶם יְתֹמִים. - Mon courroux s'enflammera et je vous ferai périr par le glaive et alors vos femmes aussi deviendront veuves et vos enfants orphelins. » (5)
SEIZE Parfois, il transgresse aussi l'interdiction de la flatterie, qui, pour beaucoup de Guéonim (6) est un commandement négatif absolu : « וְלֹא-תַחֲנִיפוּ אֶת-הָאָרֶץ - Et vous ne flatterez pas [les hommes] du pays. » (7) C'est-à-dire que si, en proférant des paroles de lashone har'a et de rékhilout, son but est de flatter son interlocuteur, dont il sait qu'il déteste celui qui est l'objet de ces paroles négatives, et pour trouver grâce à ses yeux, une faute tout à fait odieuse, non seulement il n'accomplit pas la mitsva positive de (un commandement positif de la Torah [comme on l'a vu]), pour la haine dont il fait preuve vis-à-vis de son prochain, mais au contraire il renforce la haine qui existait déjà entre eux ! À cause de lui, il [celui qui l'écoute] persistera dans le tort qu'il cause à son prochain de plus en plus, de sorte que de nouvelles querelles et des dommages supplémentaires auront lieu. Que D. nous en préserve. Sache que cette faute est largement répandue, parmi nos nombreux péchés. Ainsi fréquemment, lorsque quelqu'un dénigre son prochain en paroles, celui qui écoute, sachant que ce qu'il entend est sans fondement, va néanmoins hocher la tête [en signe d'approbation], et lui aussi avec sa langue, ajoutera [à la médisance] avec quelques mots supplémentaires de son cru. Car l'émetteur est un homme influent, prospère, dont il espère la faveur, ou dont il a peur, ou dont il craint qu'il ne le prenne pour un homme sans sagesse [s'il garde le silence]. C'est ainsi que le yetser aura prise sur lui, et le poussera à approuver [les propos péjoratifs qu'il entend.] Mais sache, mon frère, que cela aussi est une transgression de l'interdiction de flatter, même s'il n'ajoute que quelques mots, comme on l'expliquera dans le Be'er Mayim Ḥayim. À cet égard il est écrit : « וְשַׂמְתָּ שַׂכִּין בְּלֹעֶךָ-- אִם-בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה - Tu t'enfonceras un couteau dans la gorge [plutôt que de proférer des paroles de lashone har'a], si tu es un homme d'esprit. » (8) On doit donc préférer se mettre en danger que d'en venir à commettre une telle transgression. La Torah nous enseigne qu'en de telles circonstances, tout homme doit être déterminé, quoi qu'il arrive, à ne pas encourager [celui qui parle ainsi] ne serait-ce que par un mouvement qui laisse à penser qu'il approuve ce qui se dit. C'est à ce sujet que nos Sages de mémoire bénie ont dit : « Il vaut mieux passer pour un idiot toute la journée que [de se conduire avec] méchanceté un seul instant devant le Tout-Puissant. » (9) Et cela même s'il sait que ses paroles de réprimande ne seront pas acceptées par celui qui parle (10) [négativement de son prochain] (comme on l'expliquera, avec l'aide de D. dans les lois, principe VI.)
DIX-SEPT Parfois encore, un autre commandement négatif se trouve transgressé, parmi nos nombreuses fautes, lorsque, sous l'effet de la colère, on profère des paroles de lashone har'a contre une personne, et qu'on en vient en même temps à la maudire, éventuellement en utilisant le Nom (même dans une langue vernaculaire). En agissant ainsi, on transgresse une interdiction absolue de la Torah, ainsi qu'il est écrit : « לֹא-תְקַלֵּל חֵרֵשׁ - Ne maudis pas un sourd » (11) (ce qui signifie même un sourd, et combien davantage s'il ne l'est pas, comme on l'explique dans Ḥoshen Mishpat 27,1).
Nous avons énuméré ici dix-sept commandements négatifs qui sont fréquemment liés au lashone har'a ou à la rékhilout, même s'il ne parle qu'à un Juif. Car s'il calomnie un Juif aux oreilles d'un non-juif, le problème est bien plus grave et entre parfois dans la catégorie de « massour » (dénoncer), (comme on l'expliquera, avec l'aide de D. dans les lois, principe VIII.)
La transgression de beaucoup de ces commandements négatifs entraîne la sanction de « mita min haShamayim » (la mort aux mains du Ciel). C'est le cas de celui qui afflige une veuve ou un orphelin, ou qui profane le Nom divin. Beaucoup d'entre elles ont des conséquences dans le monde à venir, comme le fait de faire «pâlir» le visage de son prochain en public, ou encore de se glorifier au prix de la honte de son prochain. C'est le cas de celui qui prend l'habitude de commettre ces fautes du lashone har'a et de la rékhilout, et on expliquera tout cela plus loin, avec l'aide de D.
Commandements positifs (quatorze)
À présent, nous allons commencer avec l'aide de HaShem Yitbarakh à expliquer combien de commandements positifs transgresse celui qui profère des paroles de lashone har'a et de rékhilout. Celui qui colporte des histoires pour discréditer son prochain, outre la transgression des commandements négatifs mentionnés plus haut, enfreint aussi plusieurs commandements positifs, comme je vais l'expliquer avec l'aide de D.
UN Il transgresse en premier lieu [l'obligation contenue dans le verset] : «זָכוֹר, אֵת אֲשֶׁר-עָשָׂה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְמִרְיָם, בַּדֶּרֶךְ, בְּצֵאתְכֶם מִמִּצְרָיִם - Souviens toi de ce que HaShem ton Éloqim a fait à Myriam sur le chemin, alors que vous sortiez de l'Égypte. » (12) La Torah nous enjoint ici de mentionner verbalement le grand châtiment [tsara'at - « lèpre »] qui fut infligé par HaQadosh Baroukh Hou à Myriam, une tsadeqét et une prophétesse, qui ne fit que parler au sujet de son frère [Moshé] qu'elle chérissait de tout son cœur, qu'elle a élevé comme son fils, et pour qui elle a mis sa propre vie en danger, lorsqu'elle l'a sauvé de la noyade dans les eaux du Nil. Elle ne dit rien de désobligeant à son sujet, mais elle le compara seulement à d'autres prophètes (13). En outre, elle ne parla pas face à lui pour lui faire honte, ni en public, mais seulement à son frère Aharon, en privé. Plus encore, Moshé ne se sentit pas offensé le moins du monde [par les paroles de sa sœur], comme il est écrit : « וְהָאִישׁ מֹשֶׁה, עָנָו מְאֹד--מִכֹּל, הָאָדָם, אֲשֶׁר, עַל-פְּנֵי הָאֲדָמָה - Or, cet homme, Moshé, était fort humble, plus qu'aucun homme qui fût sur la terre. » (14) Malgré tout cela (15), tous ses mérites ne purent lui épargner la plaie de tsa'arat. À combien plus forte raison d'autres personnes, ces insensés qui se répandent en paroles arrogantes contre leur prochain seront-ils sévèrement punis pour cela.
Mis en ligne le 14 Adar 5782 - Pourim qatane (15 février 2022)

1 Wayiqra - Lévitique 25,17 que Rashi commente : « Il s'agit ici de l'interdiction de la onaa (léser) par des paroles : on ne doit pas irriter son prochain, ni lui faire une recommandation qui ne serait pas de son intérêt mais de celui du conseilleur. Peut-être objecteras-tu : Qui peut savoir si l'intention était mauvaise ? D'où la précision : « וְיָרֵאתָ מֵאֱלֹהֶיךָ: כִּי אֲנִי יְהוָה, אֱלֹהֵיכֶם - tu auras la crainte de ton Éloqim » - Celui qui connaît les pensées sait, Lui. Toutes les fois qu'une attitude est du ressort exclusif du cœur, et que seul la connaît celui qui l'a conçue, il est précisé : « tu auras la crainte de ton Éloqim ». Voir aussi Baba Metsia 58b.
2 Wayiqra - Lévitique 19,17, que Rashi commente sobrement : « Tu ne le feras pas pâlir de honte en public ('Arakhin 16b). »
3 Baba Metsia 59a.
4 Shemot - Exode 22,22. Rashi : « Il en va de même pour tout être humain, mais le texte parle des situations les plus fréquentes : Comme ils offrent moins de résistance, c'est eux que l'on maltraite le plus souvent. »
5 Ibid. 22,24.
6 Décisionnaires du haut moyen-âge. Le Ḥafets Ḥayim cite notamment le Re'em, les Ba'alei Hatossefot, le Gaon R. Shlomo ibn Gabirol.
7 Bamidbar - Nombres 35,33. On notera que le Rabbinat traduit « לֹא-תַחֲנִיפוּ » par « vous ne souillerez pas ». Il s'agit donc d'une « drasha », d'une interprétation basée sur une ou plusieurs des méthodes herméneutiques traditionnelles.
8 Mishléi - Proverbes 23,2. Notez que le Rabbinat propose une leçon tout à fait différente : « Tu t'enfonceras un couteau dans la gorge, si tu te comportes en glouton. »
9 Édouyot 5,6.
10 Une circonstance dans laquelle on devrait en principe s'abstenir de réprimander, comme on le verra plus loin.
11 Wayiqra - Lévitique 19,14.
12 Devarim - Deutéronome 24,9. Rashi commente : « Si tu veux te préserver de l'affection de la tsara'ath, ne profère pas de médisance. Souviens-toi ce qui a été fait à Miryam, qui avait médit de son frère [Moshé] et qui a été frappée de ces affections ! »
13 Ce qu'elle n'aurait pas du faire, car aucun prophète ne peut être comparé à Moshé Rabbénou, comme il est écrit : « Mais il n'a plus paru, en Israël, un prophète tel que Moshé, avec qui HaShem avait communiqué face à face. » (Dévarim - Deutéronome 34,10)
14 Bamidbar - Nombres 12,3. Rashi commente laconiquement : « modeste et patient. »
15 À quoi il faut ajouter que c'est par le mérite de Myriam que les Hébreux purent avoir de l'eau pendant les quarante années de leur séjour au désert.
