Sixième principe (2)

Sixième principe : deuxième section

Lorsqu'on est seul à entendre du lashone har'a, c'est un issour de la Torah, même si, au moment où l'on entend [de telles paroles], on n'a aucune intention de leur ajouter foi, parce que [malgré tout], on tend l'oreille pour écouter. Mais il y a tout de même une différence entre l'écoute et l'acceptation (qabbala) sous plusieurs aspects. Lorsqu'on écoute [seul, et sans accepter], il n'y a d'interdiction que dans la mesure où l'auditeur n'est pas affecté par le contenu des paroles entendues. Mais si ces paroles sont conformes à la vérité, et qu'on comprenne dès le début que la personne dont on parle n'est pas digne de confiance, alors même qu'on avait prévu de faire affaire avec elle [quel que soit le domaine] ou de conclure un mariage, il est alors permis d'écouter et de penser que ce qui est dit est peut-être vrai, en sorte qu'on puisse se protéger contre lui.

Pourquoi est-ce permis ? Parce que son intention n'est pas d'écouter des paroles malveillantes au sujet de son prochain, mais de se garder contre un dommage ou une épreuve qui pourrait advenir [si aucune précaution n'était prise.] L'interdiction s'applique si l'on ne tire aucun profit des paroles prononcées, mais si un certain bénéfice peut en résulter, c'est également permis. C'est le cas par exemple lorsqu'il souhaite entendre que telle chose s'est produite, de manière à en vérifier la véracité, et à réprimander la personne [par la suite, s'il est en position de le faire.] Il en résultera peut-être que la personne fera Téshouva, ou bien qu'elle restituera un bien mal acquis à son propriétaire, ou encore que celui qui a été insulté sera apaisé. Dans ces cas, il est permis de prêter l'oreille aux paroles prononcées. Néanmoins, il reste interdit dans tous les cas d'accepter, c'est-à-dire d'ajouter foi à ces paroles en son for intérieur.

Sixième principe : troisième section

Que ce ne soit pas une source de perplexité pour le lecteur [qui pourrait se demander :] « S'il en est ainsi, comment se conformer aux exigences du Ciel, puisque vous avez « établi une barrière sur le chemin » pour interdire de prêter l'oreille à des paroles malveillantes à l'encontre du prochain ? Peut-être ces paroles [que je n'ai pas même le droit d'entendre] affecteront-elles en quoi que ce soit ma situation dans l'avenir ? »

La réponse est simple. Celui qui veut se conformer aux exigences du Ciel pour ce qui est d'écouter [des paroles de lashone har'a], qu'il agisse de la manière suivante : si quelqu'un vient vers lui et veut lui parler d'une personne, et qu'il comprenne qu'il s'agit de paroles négatives (1), qu'il demande dès le départ : « Ce que tu vas me dire pourra-t-il m'affecter personnellement dans l'avenir, ou bien me permettra-t-il de corriger une situation par le biais d'une réprimande ? » Si la réponse est affirmative, il lui est permis d'entendre [ces paroles.] À ce stade, notez bien qu'il n'aura pas le droit d'y croire, mais seulement d'examiner l'hypothèse, jusqu'à ce que leur véracité soit prouvée.

Mais s'il comprend de la réponse [faite à sa question initiale] que rien d'utile ne sortira de l'écoute des telles paroles, ou que celui qui parle ainsi ne cherche qu'à évacuer sa colère et sa rancœur contre son prochain, en lui imputant de mauvais comportements, alors il est absolument interdit d'écouter de telles paroles.

Sixième principe : quatrième section

Parfois, il se peut qu'écouter une personne prononcer des paroles malveillantes au sujet de son prochain soit une mitsva. C'est le cas lorsqu'après avoir l'histoire jusqu'au bout, l'auditeur sera en position de démontrer à celui qui a parlé et à ceux qui ont écouté que les accusations portées sont fausses, ou de dire des choses positives au sujet de la personne calomniée. Il peut s'agir d'une mitsva aussi dans d'autres circonstances. Par exemple, lorsque une personne vient vers lui pour se plaindre de son prochain, pour un dommage qu'il lui a fait subir, et qu'il sait qu'en l'écoutant, il sera en mesure d'apaiser sa colère, de sorte qu'il ne répète pas l'histoire à d'autres (qui peut-être la croiront et se rendront coupables d'écouter des paroles de lashone har'a). En agissant ainsi, il pourra « accroître la paix en Israël ».

Néanmoins, dans tous les hétérim (2) que nous avons indiqués, il faudra prendre très soigneusement garde de ne pas croire ce qu'il entend, mais seulement de soupçonner, de manière à ne pas se laisser prendre au piège dans les filets de la qabbalat lashone har'a (l'interdiction d'ajouter foi aux paroles de lashone har'a).

Ci-dessus, un petit garçon qui a mal aux dents (photographie de Roman Vishniac)

Mis en ligne le 3 Elloul 5782 (30 août 2022)


















1 Il faudra incontestablement se montrer vigilant et rapide, pour trancher sans délai entre une écoute permise et celle qui serait interdite, faute de quoi on risque de se trouver entraîné malgré soi dans la faute.



















2 « Autorisations », ou plus précisément, exceptions à une interdiction (singulier : héter)


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