Malédictions
Nous allons à présent expliquer, avec l'aide de D.ieu, ce dont nous avions formé le projet, [c'est-à-dire de donner le] détail des nombreuses malédictions (אָרוּרין - arourin) que celui qui ne se préserve pas de cette mida détestable attire sur lui-même.
UNE
Outre les commandements négatifs et positifs dont nous avons parlé,
il encourt la malédiction [contenue dans le verset] (1) :
« אָרוּר,
מַכֵּה
רֵעֵהוּ בַּסָּתֶר - Maudit
celui qui frappe son prochain en secret » (2),
ce qui fait référence au lashone
har'a comme on
l'apprend dans le Sifréi (3) et du commentaire de Rashi sur le Ḥoumash (4).
DEUX Il encourt également la malédiction [contenue dans] le verset : « אָרוּר, מַשְׁגֶּה עִוֵּר בַּדָּרֶךְ - Maudit celui qui égare un aveugle sur son chemin. » (5), sachant que l'intention de la Torah est de maudire celui qui met un obstacle devant son prochain, de sorte qu'il en vienne à transgresser un interdit, comme dans le commandement négatif : « וְלִפְנֵי עִוֵּר, לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל - Devant un aveugle tu ne mettras pas d'obstacle » (6) qu'on a expliqué plus haut (commandement négatif numéro quatre) qui entre dans même catégorie.
TROIS Si, ḥas veShalom, la question devient pour lui « hefker » (littéralement « sans propriétaire », c'est-à-dire dans ce contexte sans conséquence, indifférente, sans intérêt), de sorte qu'il ne ne prend pas sur lui d'être attentif, et de se garder [de cette faute], il attire sur lui une troisième malédiction supplémentaire : « אָרוּר, אֲשֶׁר לֹא-יָקִים אֶת-דִּבְרֵי הַתּוֹרָה-הַזֹּאת--לַעֲשׂוֹת אוֹתָם - Maudit celui qui n'accomplit pas les paroles de cette Torah pour les faire, » (7) que l'on doit comprendre comme le refus d'accepter sur soi-même l'obligation d'accomplir toute la Torah. À cause de cela, il est appelé « moumar (hérétique) sur une [seule] chose », puisqu'il enfreint gratuitement ce grave interdit, et estime que cet article de la Torah de HaShem est hefker, il est considéré comme tout autre « moumar à l'égard de toute la Torah » C'est pourquoi sa faute est trop grave pour être pardonnée [tant qu'il ne fait pas une Téshouva sincère.]
Nous avons énuméré ainsi trois «אָרוּרין -arourin » (malédictions) qui sont souvent associées à cette mauvaise mida.
(Et si, ḥas veShalom, [les paroles de] lashone har'a [sont dirigées] contre son père ou sa mère, il encourt aussi une quatrième malédiction : « אָרוּר, מַקְלֶה אָבִיו וְאִמּוֹ - Maudit celui qui humilie son père et sa mère » (8) qu'on a déjà expliqué au sujet du commandement positif quatorze).
Une Guémara connue enseigne à ce sujet : « Arour connote la malédiction, le bannissement, et le serment. » (9) Par conséquent, celui qui se sait négligent quant à cette faute si odieuse, doit craindre pour son âme, de peur qu'il ne soit « banni » par le Ciel, ḥas veShalom, à cause de cela (comme il est écrit dans les Ḥaredim au sujet de celui qui humilie son père et sa mère.)
Cependant, d'autres maux découlent encore de ce détestable péché du lashone har'a, comme les odieuses midot de la cruauté et de la colère, qui sont des fautes graves, sur laquelle Ḥazal étendent [leur réflexion] dans le traité Shabbat (105b). Très souvent, il conduit à la désinvolture, et à d'autres midot haïssables du même genre. Par conséquent, de tous les enseignements de cette introduction, on comprendra la gravité du mal amené [dans la Création] par le lashone har'a et la rékhilout. La Torah a fixé avec précision les dimensions et les limites de ce issour (cet interdit) en lui assignant un commandement négatif explicite (Wayiqra 19,16, [abondamment cité]) : « לֹא-תֵלֵךְ רָכִיל בְּעַמֶּיךָ. - Ne vas pas colportant parmi les tiens », plus qu'à aucune autre des mauvaises midot, et par ces mots, cette introduction est à présent achevée.
Je voudrais demander au lecteur mon ami de lire et relire constamment cette introduction, parce qu'elle est sûrement d'une plus grande utilité pour l'avenir dans ce domaine que quoi que ce soit d'autre. Elle est adossée aux Rishonim, dont les paroles sont pures et saintes, et brûlent comme les flammes du feu ! Et il est certain qu'ils se sont gardés de cette mida méprisable jusque dans ses aspects ultimes. C'est pourquoi leurs paroles font une forte impression dans les cœurs de leurs lecteurs. Que le lecteur sache également que je n'ai pas choisi par hasard les commandements négatifs ou positifs, mais que j'ai sondé de manière approfondie et exhaustive les six-cent-treize mitsvot. J'y ai consacré de grands efforts, jusqu'à ce que HaQadosh Baroukh Hou me soit venu en aide pour identifier [les commandements] pertinents pour notre sujet.
Enfin, alors qu'on a tant insisté sur la gravité du lashone har'a et du fait de blesser son prochain par des paroles, et pour que le lecteur ne s'étonne pas qu'on trouve dans la Guémara beaucoup d'occasions ou tel Amora (10) semble railler un de ses collègues [ou même proférer des paroles cruelles, voire mortelles !]. À ce sujet aussi j'ai « ouvert les yeux », et c'est la raison pour laquelle j'ai reproduit le responsum du Ḥavot Yaïr à la fin de ce volume. Dans l'ouvrage lui-même, j'ai aussi résolu, ici et là, beaucoup de citations [apparemment contradictoires].

Juifs de Varsovie (vers 1935)
1 Il est difficile de traduire le mot « עוֹבֵר », qui signifie « passer par-dessus », négliger, ignorer volontairement et finalement transgresser. Par commodité on a retenu dans cette traduction le verbe encourir, bien qu'il manque de précision.
2 Dévarim - Deutéronome 27,24. Le Rabbinat traduit : « Maudit, qui frappe son prochain dans l'ombre ! »
3 Midrash sur Dévarim.
4 Rashi commente en effet : « Qui frappe son prochain en secret : En médisant de lui (עַל לָשׁוֹן הָרַע הוּא אוֹמֵר). »
5 Dévarim - Deutéronome 27,18. Rashi commente : « Qui égare un aveugle : Le naïf à qui l'on donne un mauvais conseil. »
6 Wayiqra - Lévitique 19,14.
7 Devarim - Deutéronome 27,26. Rashi commente : « Qui n'accomplira pas : Il a inclus ici la Torah dans son intégralité, et il l'ont acceptée avec imprécation et serment. »
8 Ibid. 27,16.
9 Shevouoth 36a.
10 La période des Amoraïm (pluriel de « Amora ») fait suite à celle des Tannaïm qui sont les Sages de la Mishna (approximativement entre le IVè siècle avant l'ère commune et le IIè siècle EC). Les Amoraïm, auteurs des enseignements de la Guémara, furent actifs du IIè au VIè siècle EC, époque de la clôture du Talmud.
