Commandements positifs (fin)

Mis en ligne 7 Adar chéni 5782 (8 mars 2022)

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TREIZE Tout ce dont nous avons parlé jusqu'à présent s'applique lorsque l'on colporte, au sujet de son prochain, des choses vraies. Mais si dans le cours du lashone har'a se mêle, D. nous en préserve, une parole qui est en partie fausse, il transgresse aussi un commandement positif de la Torah, à savoir : « מִדְּבַר-שֶׁקֶר, תִּרְחָק - Tiens-toi éloigné d'une chose mensongère. » (1) Et son nom [c'est-à-dire sa catégorie juridique] s'aggrave ainsi, puisqu'on l'appelle désormais « motsi shem r'a » (« celui qui répand un mauvais renom »). Son châtiment est beaucoup plus sévère que celui qui prononce des paroles de lashone har'a et de rékhilout [conformes à la vérité].

QUATORZE Il est également manifeste que, [dans chacune des huit modalités], il enfreint aussi le verset : « וְהָלַכְתָּ, בִּדְרָכָיו - Et tu marcheras dans Ses voies, » (2) par quoi la Torah nous commande d'imiter les midot de HaQadosh Baroukh Hou, qui toutes sont uniquement pour le bien, comme l'ont enseigné Ḥazal (3) « De même qu'Il est miséricordieux, sois miséricordieux ; de même qu'Il fait grâce, fais grâce toi aussi » et ainsi de toutes les midot [qui sont les attributs de HaShem], comme l'explique le Rambam.(4) Au sujet de HaQadosh Baroukh Hou, on apprend de Ses midot pures et saintes qu'Il déteste la délation sous toutes ses formes, même contre le plus condamnable des hommes, comme Ḥazal le déduisent de l'épisode de Akhan.

[La Guémara (Sanhédrin 11a) cherche à déterminer le quorum et la qualification nécessaires pour que les juges puissent valablement décider de l'intercalation d'un mois. À cette occasion, elle rapporte une série de ma'assim (récits d'incidents, d'actions, d'événements) au cours desquels un individu s'est déclaré (faussement) coupable d'un acte plus ou moins répréhensible, dans le but d'éviter de mettre son prochain dans l'embarras, et de le voir subir une honte publique. La tâche que les Sages de la Guémara se fixent, c'est de trouver une source dans la Torah pour fonder de tels comportements.

Le premier incident met en scène le Beth Din (le tribunal rabbinique) qui s'est réuni dans le grenier de Rabban Gamliel (Président du Sanhédrin au premier siècle de l'ère courante) pour décider de rendre l'année suivante « méhoubéret » (littéralement « enceinte » c'est-à-dire comportant - comme cette année 5782, un deuxième mois de Adar). Après avoir fait convoquer ce tribunal par son serviteur, Rabban Gamliel s'aperçoit qu'il y a huit juges dans son grenier. Or une décision pareille se prend à la majorité, et le Beth Din doit être composé d'un nombre impair de juges ! Il ordonne (d'un ton qu'on imagine sévère) : « Que celui qui est monté dans ce grenier sans y avoir été invité en descende immédiatement » Aussitôt se lève Shmouel haQatan qui dit : « C'est moi, mais je ne suis pas monté pour intercaler le mois, mais pour apprendre la halakha ''léma'assé'' (en pratique) » Rabban Gamliel lui dit « שׁב בּני שׁב - Assieds-toi mon fils, assieds-toi, tu serais digne de décider de chaque intercalation ! » Mais les Sages ne l'entendent pas ainsi, et affirment que l'intercalation ne peut être décidée que par des juges spécialement désignés pour cela.

Mais coup de théâtre, la Guémara enseigne maintenant que le juge « en trop » n'était pas Shmuel haQatan ! Alors pourquoi a-t-il agi ainsi ? Pour ne pas mettre dans l'embarras celui de ses collègues qui n'avait pas été désigné !

Deuxième incident : Rabbi (Yéhouda haNassi) siège dans son Beth haMidrash et enseigne la Torah à ses talmidim (disciples). Il sent une forte odeur d'ail, et dit « que celui qui a mangé de l'ail quitte la salle ! Rabbi Ḥiya se leva et s'en alla. Tous les autres talmidim le suivirent. Le lendemain, Rabbi Shim'on, le fils de Rabbi rencontra Rabbi Ḥiya et lui demanda : « Est-ce toi qui as irrité mon père hier ? » Rabbi Ḥiya lui répondit : « À D.ieu ne plaise ! [Jamais je ne mangerais d'ail avant de venir étudier au Beth haMidrash!] Un tel comportement ne devrait pas exister en Israël. Je ne suis parti que pour éviter de mettre un de mes collègues dans l'embarras. »

Rashi explique : « Rabbi Ḥiya savait que s'il, partait, les autres talmidim le suivraient, par respect pour lui. L'identité du véritable coupable resterait secrète, et une honte publique lui serait épargnée. »

Troisième incident : Une femme se présente au Beth haMidrash de Rabbi Méïr et lui dit « Rabbi, l'un de vous a fait de moi sa fiancée par ''biyah - relation intime''. Que cet homme régularise ce mariage ou qu'il me remette un ''guet'' ! » Immédiatement, Rabbi Méïr rédigea un guet et le lui donna. Chacun des ses disciples fit la même chose [le guet donné par Rabbi Méïr n'était évidemment pas valable, puisqu'il n'était pas coupable en l'occurrence. Il se mit donc lui-même dans l'embarras pour éviter une honte publique au véritable coupable.]

La Guémara demande à présent : « D'où Rabbi Meïr a-t-il appris [qu'un tel comportement est louable] ? » De Shmouel haQatan (dans notre premier ma'assé) ! Très bien, mais Shmouel haQatan, lui, d'où l'a-t-il appris ? La réponse est assez inattendue : « De Shékhaniah ben Yéḥiel et des fils de 'Eilam qui se sont exclamés devant 'Ezra : Shekhaniah, fils de Yéḥiel, des enfants de 'Eilam, prit la parole et dit à 'Ezra: 'Nous, nous avons commis une infidélité envers notre Éloqim en épousant des femmes étrangères, appartenant aux populations de ce pays; mais il est encore de l'espoir pour Israël en cette occurrence' » (5) En réalité, là encore, la confession de Shekhaniah était fausse, car lui-même n'avait pas épousé une kéna'anit. Il n'a parlé ainsi que pour épargner la honte à ceux qui avaient fauté.

On se rapproche d'une source fiable, parce qu'on parle d'une période où vivent encore des prophètes (comme 'Ezra lui-même). Mais la Guémara ne va pas s'en contenter, et continue : et Shékhaniah ben Yéḥiel, d'où le savait-il ? D'un incident qui impliquait notre grand prophète Yéhoshou'a bin Noun. C'est à ce passage que le Ḥafets Ḥayim fait allusion.

Après la prise de la ville de Yériḥo (Jéricho), Yéhoshou'a interdit toute prise de butin dans la ville. « Mais les Bnei Yisrael se rendirent coupables d'une violation de l'anathème (ḥerem) : Akhan, fils de Carmi, fils de Zabdi, fils de Zérah, de la tribu de Yéhouda, s'appropria quelque chose des objets interdits, ce qui attira la colère divine sur les Bnei Yisrael. » (6) L'expédition consécutive contre la ville de Aï ayant connu une cuisante défaite et la perte de trente-six vies, HaShem révéla alors à un Yéhoshou'a désemparé (les Juifs n'ayant jusqu'alors subi aucune perte) que quelqu'un du peuple avait violé l'anathème prononcé sur Yériḥo, mais Il ne lui donna pas son nom. La Guémara cite un des versets suivants :

Il est écrit : « HaShem dit à Yéhoshou'a : "Relève-toi! Pourquoi rester ainsi couché sur ta face ? Israël a péché ! II a violé le pacte que je lui avais imposé ! [Oui, on a pris de ce qui était anathème, on l'a volé, on l'a dissimulé, on l'a enfoui parmi ses bagages !] » (7) Rashi explique que HaShem a dirigé sa réprimande sur le peuple entier, pour ne pas faire honte à celui qui avait transgressé l'ordre divin.

Et la Guémara continue en rapportant l'échange entre HaQadosh Baroukh Hou et Yéhoshou'a : « Il [Yéhoshou'a] dit devant [HaShem] : Maître du Monde ! Qui a péché ? [HaShem] lui dit : Suis-Je un délateur (וכי דילטור אני) ? Va, et tire au sort [pour désigner le coupable] » (ce que Yéhoshou'a va faire, et le sort désignera Akhan qui avait pris quelques objets et de l'argent dans les décombres de Yériḥo).

Enfin, la Guémara termine en invoquant un autre précédent, le dernier : « Ou si tu préfères, [dis que Shékhaniah ben Yéḥiel l'a appris de] Moshé, ainsi qu'il est écrit : « וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה: עַד-אָנָה, מֵאַנְתֶּם, לִשְׁמֹר מִצְו‍ֹתַי, וְתוֹרֹתָי - HaShem dit à Moshé : jusqu'à quand vous refuserez-vous à garder mes mitsvot et mes lois ? » (8)

Il s'agit de l'épisode du don de la manne et des conditions imposées par Hashem pour sa récolte. Deux individus (Dathan et Aviram (9)) bravèrent l'interdiction de sortir ramasser la manne le Shabbat. Là encore, comme l'explique Rashi, HaShem a sanctionné tout le peuple pour éviter d'embarrasser deux pécheurs !]

Hashem attend le bien et non le mal (10) « Quatre catégories de personnes ne peuvent contempler la Présence divine [,,,] ceux qui profèrent des paroles de lashone har'a, ainsi qu'il est écrit : « כִּי, לֹא אֵל חָפֵץ רֶשַׁע אָתָּה: לֹא יְגֻרְךָ רָע - Car Tu n'es pas un Qel qui prenne plaisir au mal, le méchant ne trouve point accès auprès de Toi. » (11) Par conséquent, celui qui fait de cette mauvaise mida une habitude ne marche pas dans la voie de HaShem, qui est de ne faire que du bien à autrui, alors qu'il fait tout le contraire. C'est pourquoi la Torah a désigné le lashone har'a comme « mauvais », de sorte qu'il transgresse aussi le commandement positif [« וְהָלַכְתָּ, בִּדְרָכָיו - Et tu marcheras dans Ses voies »].

C'est ainsi que nous avons énuméré quatorze commandements positifs que l'on tend à transgresser par le lashone har'a et la rékhilout, outre les dix-sept commandements négatifs dont on a parlé plus haut. Et bien qu'avec une seule occasion, une seule parole d'un seul homme on ne puisse transgresser la totalité des ces trente-et-un commandements, il est clair pour le lecteur que tous ceux qui font une habitude de ces paroles malveillantes, D.ieu nous en préserve, vont certainement, au cours du temps, en venir à les transgresser tous. Une fois, il dira du mal d'un ancien, une autre fois d'un Talmid Ḥakham, une autre fois encore il le critiquera face-à-face, puis en son absence, et ainsi de suite, comme on l'a expliqué.


(Cette belle photographie montre le célèbre graffiti gravé sur les pierres de la Yéshiva médiévale de Rouen, où l'on peut lire : "הבּית הזה יהיה עליון - Que cette maison soit sublime")













1 Shemot - Exode 23,7.






2 Devarim - Deutéronome 28,9.

3 Shabbat 133b.



4 Hilkhot Deot 1,5 et 6.














































































5 'Ezra - Ézra 10,2


















6 Yéhoshou'a - Josué chapitre 7,1.










7 Ibid. 10-11.


















8 Shemot - Exode 16.28.



9 Rashi , qui propose une explication alternative à la sanction collective: "Comme le dit un dicton populaire, « le chou [la collectivité] est frappé en même temps que l'épine [le pécheur individuel] » : A cause des méchants, les justes sont réprimandés eux aussi (Baba Qama 92a)."

10 Tanna débeEliyahou 1.

11 Téhillim - Psaumes 5,5.

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