Commandements négatifs
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Principes
Je commence ici, avec l'aide de Celui qui donne à l'homme la connaissance.
Il nous faut tout d'abord connaître les principes des halakhot du lashone har'a et de la rékhilout.Le lashone har'a consiste à parler de manière désobligeante de son prochain. La rékhilout consiste à rapporter à quelqu'un les mauvaises paroles qu'un autre a dites à son sujet ou le mal qu'il lui a fait.
Le lashone har'a et la rékhilout sont interdits, même si les paroles prononcées sont conformes à la vérité, comme on va l'expliquer avec l'aide de D., au nom de tous les poskim (1).
L'interdiction du lashone har'a et de la rékhilout s'applique en présence de celui dont on parle, comme en son absence.
Il n'y a pas de différence entre le fait de dire et d'écouter du lashone har'a et de la rékhilout, comme on l'expliquera plus loin. Le « récepteur » du lashone har'a est celui qui croit en son for intérieur à ce que lui a dit son prochain, même s'il ne l'encourage pas à parler ainsi, mais se contente de croire dans son cœur le lashone har'a et la rékhilout qu'il a entendus. S'il ne croit pas [ces paroles], il est appelé « porteur de faux témoignage » et transgresse « לֹא תִשָּׂא, שֵׁמַע שָׁוְא; אַל-תָּשֶׁת יָדְךָ עִם-רָשָׁע, לִהְיֹת עֵד חָמָס - N'accueille point un rapport mensonger. Ne sois pas complice d'un méchant, en servant de témoin à l'iniquité. » (2) Tous ces principes ont des racines et des branches, comme dans d'autres parties de la Torah. Puisse HaShem nous assurer de les connaître de manière exhaustive.
Et sache que chaque fois que nous écrivons qu'il transgresse en même temps les commandements positifs et négatifs, et les trois «malédictions» qui s'y attachent, que nous expliquerons plus loin, notre intention porte sur lashone har'a et rékhilout, sur ce qui est vrai comme sur ce qui ne l'est pas. C'est à quoi nous ferons référence dans le Be'er Mayim Ḥayim en tant que « dans les quatre premières modalités » (à moins qu'il ne soit dit explicitement que cela ne s'applique qu'à l'une d'entre elles). Par conséquent, en ce qui concerne les commandements négatifs et positifs, il ne sera nécessaire que d'expliquer s'ils s'appliquent à celui qui parle ou à celui qui écoute.
Je ferai référence à ces commandements négatifs et positifs qui incluent les « quatre modalités » en raccourci dans le Be'er Mayim Ḥayim par « dans toutes les huit modalités », c'est-à-dire lashone har'a et rékhilout, en présence de [la personne] concernée, ou en son absence, pour celui qui parle ou pour celui qui écoute, sur ce qui est vrai comme sur ce qui ne l'est pas (il faut se souvenir de ces éléments, car ils ne seront pas [systématiquement] répétés dans cette introduction).On expliquera tout d'abord combien de commandements négatifs on transgresse en proférant des paroles de lashone har'a et de rékhilout, et ensuite combien de commandements positifs. Après quoi on verra combien de « malédictions » on encourt sur soi-même, et plus encore, combien de issourim (interdictions) résultent de [telles paroles].
Mon introduction sera divisée en deux parties. La première, appelée « Makor Ḥayim » (source de vie), accompagné d'un commentaire appelé Be'er Mayim Ḥayim (« le puits des eaux vivantes ») J'ai donné la raison de ces deux titres dans la préface. Dans le Be'er Mayim Ḥayim on verra à quelle modalité chaque commandement négatif ou positif s'applique, ainsi que quelques autres halakhot. C'est ce que je commence ici, avec l'aide de Celui qui donne la connaissance à l'homme.
Commandements négatifs (dix-sept)
UN Celui qui répand des histoires [dirigées] contre son prochain transgresse un commandement négatif, à savoir « לֹא-תֵלֵךְ רָכִיל בְּעַמֶּיךָ - Ne vas point colportant parmi les tiens » (3). Qu'est-ce que « colporter (rakhil) » ? Se « charger soi-même » de paroles et aller de l'un à l'autre en disant : « Voilà ce que Ploni (untel) a dit à ton sujet » [ou bien] « J'ai entendu que Ploni t'a fait telle et telle chose. » Bien que ce qu'il dit soit vrai, cela détruit le monde. Et il y a une faute plus grave encore, [qui s'appelle] lashone har'a, qui est comprise dans ce commandement négatif, qui consiste à parler de son prochain de manière désobligeante, même si ce qui est dit est vrai. Mais celui qui dit des choses fausses [au sujet de son prochain], on le désigne comme « motsi shem r'a » (littéralement : celui qui « fait sortir une mauvaise réputation », autrement dit un calomniateur).
DEUX Celui qui parle et celui qui écoute [des paroles de lashone har'a] transgressent également « לֹא תִשָּׂא, שֵׁמַע שָׁוְא - N'accueille pas un rapport mensonger » (4) que l'on peut comprendre également comme « Ne répands pas (tassi) un rapport mensonger », de sorte que ce commandement négatif concerne celui qui parle aussi bien que celui qui écoute.
TROIS Celui qui parle transgresse aussi « הִשָּׁמֶר בְּנֶגַע-הַצָּרַעַת לִשְׁמֹר מְאֹד, וְלַעֲשׂוֹת - Prends garde à l'affection de la tsara'at (« lèpre ») pour garder avec grand soin et pour accomplir [ce que mes cohanim prescriront.] » (5) que le Sifra (6) comprend ainsi : « Prends garde à observer les lois du lashone har'a, pour que la tsara'at ne vienne pas sur toi [comme elle a frappé Myriam pour avoir prononcé des paroles de lashone har'a au sujet de son frère Moshé].
QUATRE L'émetteur et le récepteur transgressent tous deux « וְלִפְנֵי עִוֵּר, לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל - Devant un aveugle tu ne mettras pas d'obstacle » (7), parce que chacun des deux (émetteur et récepteur) placent une pierre d'achoppement devant son prochain, [en l'incitant à] transgresser un commandement négatif explicite de la Torah. Il y a cependant une différence entre l'émetteur et le récepteur à cet égard. L'émetteur transgresse en effet ce commandement négatif, que ses auditeurs soient nombreux ou non. Plus encore, plus il y a d'auditeurs, plus il transgresse ce commandement négatif, en « plaçant un obstacle » devant un grand nombre de personnes. Ce n'est pas le cas du récepteur. Il est possible qu'un auditeur ne transgresse pas ce commandement négatif, à moins qu'il n'entende lui-même le lashone har'a ou la rékhilout de la bouche de l'émetteur sur le moment, de sorte que s'il l'avait quitté, il n'aurait eu personne à qui rapporter ces paroles de lashone har'a. Mais s'il y a à côté de lui, différents auditeurs au même moment, il est possible qu'il ne transgresse pas cet interdit, mais seulement d'autres mentionnés dans cette introduction (8). Et tout cela à la condition qu'il ne soit arrivé qu'après que le « spectacle » ait commencé. Mais quant au premier auditeur, même si d'autres sont arrivés après lui, il transgresse certainement selon les huit modalités, parce que c'est par son intermédiaire que le issour, la chose interdite, s'est constituée au départ. En tout état de cause, on doit absolument se garder de [la fréquentation] de pareils compagnons, on ne doit pas s'attabler avec eux, car dans les Cieux on les appelle « une compagnie de perversité. » Dans ses dernières paroles à son fils Hyrcanus, Rabbi Éliézer haGadol enseigna : « Mon fils, ne t'assieds pas en compagnie de ceux qui disent du mal de leur prochain, parce que lorsque leurs paroles arrivent en haut, elles sont inscrites sur un livre, et tous ceux qui étaient présents sont appelés [membres] d'une ''assemblée de méchants.'' »
CINQ Celui qui profère des paroles de lashone har'a transgresse également : «הִשָּׁמֶר לְךָ, פֶּן-תִּשְׁכַּח אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, - Prends garde à toi, de peur que tu n'oublies HaShem ton Éloqim » (9) qui est une exhortation aux esprits orgueilleux. Puisqu'il raille son prochain et le tourne en ridicule, il semble se considérer comme un sage, et « un homme parmi les hommes ». S'il connaissait ses propres fautes, il ne se moquerait pas ainsi de son prochain. L'enseignement des Sages sur la gravité du péché d'orgueil est bien connu (10). À cause de cette faute, sa poussière ne se relèvera pas au jour de la résurrection des morts. Il est considéré comme un idolâtre, la Shékhina hurle sur lui et on l'appelle « une abomination ». En particulier, lorsqu'il s'honore lui-même en dénigrant son prochain, il transgresse certainement ce commandement négatif, outre le fait que nos Sages, par l'esprit de sainteté [qui les inspire] l'ont retranché du monde à venir, lorsqu'ils ont dit : « celui qui s'honore lui-même en faisant honte à son prochain n'a pas de part au monde à venir. » (11)
SIX L'émetteur et le récepteur [du lashone har'a] transgressent aussi « וְלֹא תְחַלְּלוּ, אֶת-שֵׁם קָדְשִׁי - Ne profanez pas mon saint Nom » (12) en cela qu'il n'y a pas ici de désir ou de plaisir physique qui armerait le yetser pour s'en prendre à lui, de sorte que cette faute est considérée comme une rébellion, et une volonté manifeste de se débarrasser du joug de la royauté divine. C'est ainsi qu'il profane le Nom du Ciel. C'est le cas même pour un « simple Juif », et combien davantage s'il s'agit d'une personne éminente, vers qui l'on se tourne pour prendre conseil ; le Nom divin sera certainement profané ! Et encore davantage si la faute est commise en public. Car le fauteur sera appelé « profanateur du saint Nom en public », ce qui est extrêmement grave.
SEPT Il arrive aussi que l'émetteur transgresse « לֹא-תִשְׂנָא אֶת-אָחִיךָ, בִּלְבָבֶךָ - Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur » (13), car lorsqu'il « parle en paix » (14) avec son prochain en sa présence, et le dénigre devant les autres lorsqu'il est absent. Il transgresse encore davantage s'il leur demande de ne pas en informer la personne concernée, un cas où la transgression du commandement négatif est absolument flagrante.
HUIT-NEUF Parfois, l'émetteur transgresse également le verset suivant : « לֹא-תִקֹּם וְלֹא-תִטֹּר אֶת-בְּנֵי עַמֶּךָ - Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple » (15), quand il ressent de la haine pour son prochain car il lui a demandé de lui prêter quelque chose et se l'est vu refuser ; par la suite, il a vu quelque chose de dégradant chez cette personne, et il rend la chose publique, aux yeux de tous. Depuis le début, il transgresse « tu ne garderas pas rancune », puisqu'il lui en veut dans son cœur. Et ensuite, lorsqu'il se venge et révèle cette chose dégradante qu'il a vue chez son prochain, il transgresse « Tu ne te vengeras pas ». Il devrait en fait effacer cette chose de son cœur !
DIX Si un homme va témoigner, seul, contre un autre, devant le Beth Din sur une affaire [de transgression d'un] interdit, aucun bénéfice ne peut en résulter pour lui, en termes d'obligation financière, de serment, ou d'invalidation du statut halakhique de la personne [accusée]. Puisqu'il est un témoin unique, la seule chose qu'il puisse parvenir à accomplir, c'est de faire une mauvaise réputation à son prochain (16). Il transgresse aussi le commandement négatif de « לֹא-יָקוּם עֵד אֶחָד בְּאִישׁ, לְכָל-עָוֹן וּלְכָל-חַטָּאת, בְּכָל-חֵטְא, אֲשֶׁר יֶחֱטָא - Un seul témoin ne sera pas accepté contre un homme quelle que soit sa faute. » (17) et le Beth Din doit lui infliger la peine de malkout (flagellation) pour cela.
ONZE Tout ce que nous avons écrit se rapporte à celui qui parle ou à celui qui écoute séparément, mais s'il s'associe à une compagnie de méchantes gens qui profèrent des paroles de lashone har'a, pour leur parler ou pour écouter [leurs paroles], il transgresse aussi le verset : « לֹא-תִהְיֶה אַחֲרֵי-רַבִּים, לְרָעֹת - Tu ne seras pas derrière la multitude pour mal faire » (18), qui nous exhorte à ne pas nous associer avec des gens malfaisants, fussent-ils nombreux (19) (voir aussi plus loin le commandement positif six, on l'on voit qu'il transgresse un commandement positif par cette « association » perverse - Voir aussi plus haut le commandement négatif quatre où j'ai cité les Pirké déRabbi Eli'ézer, et les dernières recommandations de Rabbi Eli'ézer à son fils à ce sujet.)
DOUZE S'il entretient une querelle par ses paroles, il transgresse aussi « וְלֹא-יִהְיֶה כְקֹרַח וְכַעֲדָתוֹ - Et il ne sera pas comme Qoraḥ et comme sa clique. » (20), [verset] qui nous exhorte à ne pas entretenir une querelle (21).
Mis en ligne le 7 Adar I 5782 (8 février 2022)
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1 Poskim, pluriel de possek, les Sages capables de trancher les questions halakhiques, ce qui suppose une niveau d'érudition extrêmement élevé. Le fait que le Ḥafets Ḥayim parle ici de « tous » les poskim souligne l'unanimité qui existe dans ce domaine de la halakha, ce qui est loin d'être toujours le cas sur d'autres sujets.
2 Shemot - Exode 23,1, que Rashi commente ainsi : « Comme le rend le Targoum Onqelos : «Tu n'accueilleras pas une nouvelle mensongère». Interdiction est faite ici d'accueillir la médisance, et défense est faite au juge d'écouter les arguments d'un plaideur hors la présence de son adversaire (Sanhédrin 7b). » Les deux parties du verset parlent du cas du témoignage mensonger.
3 Wayiqra - Lévitique 19,16.
4 Shemoth 23,1.
5 Devarim - Deutéronome 24,8.
6 Midrash sur Devarim - Deutéronome.
7 Wayiqra - Lévitique 19,14.
8 v. le Be'er Mayim Ḥayim
9 Devarim - Deutéronome 8,11.
10 Sotah 4b.
11 Yerushalmi Ḥagigah 12,1
12 Wayiqra - Lévitique 22,32.
13 Wayiqra - Lévitique 19,17.
14 Peut-être une allusion à l'expression « וְלֹא יָכְלוּ, דַּבְּרוֹ לְשָׁלֹם - ils ne purent lui parler en paix », en Béréshit - Genèse 37,4, au sujet des frères de Yossef.
15 Wayiqra - Lévitique 19,18, que Rashi commente magnifiquement : « On lui demande de lui prêter sa faucille, et il refuse. Le lendemain, l'auteur du refus lui demande de lui prêter sa hache. « Je ne te la prêterai pas, répond-il, tout comme toi-même m'as refusé un prêt ! » C'est là de la vengeance. Et qu'est-ce que la rancune ? On lui demande de lui prêter sa hache, et il refuse. Le lendemain, l'auteur du refus lui demande de lui prêter sa faucille. « La voici, répond-il. Je ne suis pas comme toi qui ne m'as pas prêté ! » C'est là de la rancune : on conserve de la haine dans son cœur nonobstant l'absence de vengeance (Yoma 23a) »
16 Puisque pour toute condamnation pénale, la Torah exige deux témoins.
17 Devarim - Deutéronome 19,15.
18 Shemot - Exode 23,2
19 Rashi explique que les Sages se sont servis de ce verset pour établir qu'une condamnation à mort ne pouvait être prononcée à une majorité d'une seule voix (Sanhédrin 36a).
20 Bamidbar - Nombres 17,5, que Rashi commente : « Afin qu'il ne subisse pas le sort de Qoraḥ. »
21 V. Sanhédrin 110a.
